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  Interprétation du « Poème symphonique pour 100 métronomes » de György Ligeti
Catégorie : Théorie Musicale
Ajouté le : 18.08.2010 22:52
Auteur : francolamuerte
Lectures : 2853
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Note : Non évalué



Article-Tutoriel réalisé par le membre ehgdae de Reason France, de son vrai nom Bernard Reeb. L’Article-Tutoriel suivant provient à la base du site personnel de monsieur Reeb consultable à cette adresse http://bernardreeb.free.fr/.

Il m'a semblé intéressant d'interroger cette célèbre oeuvre à la lumière des outils actuels. Mais avant de tenter une interprétation personnelle, voici celle, historique, qui avait été diffusée sur ARTE :

Poème symphonique pour 100 métronomes de György Ligeti ( Vidéo sur Dailymotion )

Toute oeuvre musicale est sujette à interpétations. Ni la guitare ni le piano vont m'être utiles cette fois, mais bien la souris. Les outils informatiques se prêtent particulièrement bien aux traitements basés sur des principes tels qu'en recèle ce poème pour métronomes.

On peut s'interroger sur la volonté du compositeur quant à la simultanéité du départ des 100 métronomes et au réglage du (ou des) tempo. La partition donne toutes les réponses, mais s'agissant d'une interprétation libre, on peut poser les principes suivantes :

- départs absolument simultanés,
- tempi identiques, avec comme postulat que les métronomes, même étant des instruments de précision, ne tiendront pas la même cadence sur une certaine durée, sans quoi ce concept n'aurait aucun intérêt.

Ainsi on obtient un décalage progressif entre les différents métronomes au fur et à mesure de l'avancée du morceau (n'avez-vous jamais été fasciné par la synchronisation entre les essuies-glaces de votre voiture par temps de pluie et la musique de l'autoradio ? et surtout par le lent glissement qui intervenait immanquablement avant une nouvelle resynchronisation un peu plus tard...)

En premier lieu, voici quelles ont été les conditions de réalisation de mon interprétation :
a. enregistrement d'un unique battement de métronome (réalisé par Mirko Horstmann)

b. installation de ce fichier audio dans le séquenceur Cubase, puis création de quelques centaines de battements par une fonction automatique de répétitions

c. création d'un fichier unique qui correspond à cette série de battements et installation de ce fichier sur une première piste d'un nouveau projet

d. création de 32 duplications de cette piste pour simuler l'imprécision des 32 métronomes virtuels, la durée de chaque piste a été modifiée de la façon suivante :

- un groupe de 16 pistes avec une progression régulière par pas de 0,005 allant de 100,005 à 100,075 % de la durée initiale.
- un second groupe avec une progression aléatoire allant de 100,082 à 100,213 % comme on l'entendra, ces 2 groupes formeront 2 "amalgames" distincts, donc 2 "sons" différenciables. Ceci est un choix arbitraire délibéré.

e. chaque piste a ensuite été panoramiquée dans l'espace droite-gauche, et ce de façon tout à fait quelconque

f. export en un fichier stéréo unique, celui qu'on entend dans la vidéo suivante.

Interprétation du « Poème symphonique pour 100 métronomes » de György Ligeti par Bernard Reeb :



En second lieu, je vous invite à écouter attentivement le résultat, car au-delà du simple amusement qu'on peut en retirer, ce genre d'expérience (qu'on dit "acousmatique") est un excellent exercice pour affûter sa perception des phénomènes sonores, ceci grâce à la décomposition de leurs caractéristiques.

Voici quelques éléments qui devraient ressortir d'une écoute attentive :

- tous les battements commencent exactement au même moment (l'outil informatique permet une précision extrême), ce qui provoque un beau claquement initial,

- pour la même raison, on ne perçoit qu'un seul son tout au début de la pièce, au milieu de la scène sonore (on dirait un son en mono),

- progressivement s'installe un élargissement de l'espace stéréophonique car les battements perdent peu à peu de leur simultanéité.

Le son globalement entendu est l'addition de tous les métronomes : à part cette ouverture droite-gauche qui s'accentue, il en découle plusieurs autres phénomènes, essentiellement dûs à un effet de filtrage par décalage de phase :

- d'abord, on constate une lente mutation de la hauteur des sons et aussi du timbre lui-même alors qu'il s'agit toujours du même battement reproduit de multiples fois

- en écoutant mieux, on remarque également une variation sur l'"enveloppe" des sons : l'attaque notamment est quelquefois très violente, quelquefois plus douce

- on distingue bien les 2 groupes de sons décrits plus hauts : un groupe serré formé par les 16 premières pistes et au rythme bien marqué (en laissant jouer plus longuement, ces battements viendraient à se disperser) et un halot de crépitements formé par les pistes ayant subit des variations de durées aléatoires... tout ceci étant très mouvant,

- les sonorités passent d'un aspect très naturel à des textures plus synthétiques,

- elles passent également d'une certaine simplicité de structure à des ilôts plus complexes,

- ...

Cette "interprétation" procède d'un grand nombre de choix, rien n'est dû au hasard. J'ai en réalité appliqué des principes bien définis, ce qui induit le résultat obtenu. Bien d'autres protocoles ou "algorithmes" sont possibles, soit pour s'approcher du modèle réel, soit pour s'en éloigner davantage : pour chaque piste, on pourrait :

- appliquer des égaliseurs avec des réglages différents
- doser plus ou moins généreusement de la réverbération
- choisir d'autres régles de changement des durées
- insérer des variations de durées aléatoires
- mieux gérer l'exctinction progressive des métronomes
- ...

On peut également s'interroger sur les différences avec la version originale : son chaud / son froid, hasard / structure, etc...

Bernard Reeb
  

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